La revue de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg a publié cet entretien dans son numéro du 18 octobre 2010
Le comédien et humoriste Smaïn succède à Michel Blanc dans le rôle de parrain d’Orchestres en fête ! dont la troisième édition se déroulera du 19 au 28 novembre. Occasion d’aller à la rencontre d’un personnage pour qui « une vie sans musique serait une erreur. »
Olivier Erouart. De quelle manière allez-vous jouer le rôle de parrain d’Orchestres en fête ?
Smain. Un petit rappel historique, si vous le permettez ! La musique classique, celle de Ravel, de Tchaïkovski et d’autres, a toujours accompagné mon réveil et mon coucher. Cela s’est su et il y a 5 ans, on m’a proposé d’enregistrer la partie de récitant de Pierre et le Loup (1) de Prokofiev. Le succès a été tel que l’on m’a demandé de réécrire le texte du Carnaval des animaux (2) de Saint-Saëns… Mon rôle au cours de ces 10 jours d’orchestres en fête sera d’en parler. A travers mes sketches, je transporte la musique, car je considère que la parole est aussi de la musique et le rire est un son presque musical. Si je parviens à donner aux personnes qui me sont proches et aux spectateurs l’envie d’écouter de la musique classique, alors le pari sera gagné.
O. Qu’est-ce qui vous fascine dans le monde de l’orchestre ?
S. Un enfant pense toujours à un futur métier et tous les enfants pensent un jour être chef d’orchestre. Quand j’étais môme, j’ai voulu être aussi chef d’orchestre. Je ne le suis pas devenu, bien sûr. Il y a dans le monde de l’orchestre une idée de la famille. Dans chef d’orchestre, il y a chef et orchestre. Dans l’orchestre, chacun a sa partition, sa musicalité, son instrument. L’association de tous les instruments forme un son dirigé par un père, un chef. Il y a une organisation et celle-ci m’attire. Je retrouve sans doute une idée qui a été un peu absente dans ma vie, celle de la famille. Chacun a sa place, son rôle et tout cela donne une harmonie, un accord ; une symbolique de l’entente. J’aurais voulu que ce monde, que cette terre soit un grand orchestre, que chacun ait sa partition et que tout le monde se mette d’accord pour sortir son propre son et contribuer ainsi à l’harmonie. C’était un rêve de gosse !
O. Quels rapports entretenez-vous avec la musique ?
S. J’ai toujours eu un contact essentiel avec la musique classique et la musique en général. Malheureusement, la télévision donne de vous une image parcellaire et réduite. J’ai de multiples facettes et j’aime tellement de choses, mais lors des émissions, le temps est limité, on ne peut parler de tout. Mon premier contact avec la musique classique, quand j’étais môme, s’est passé ainsi : j’ai acheté un 33 tours à cause de la photo de la pochette qui représentait les buildings de New York. J’ai écouté le disque : c’était Rapsody in Blue de George Gershwin. Cette musique m’a transporté. Il est rare que la musique me laisse indifférent ; la musique est pour moi un langage. Récemment, j’ai passé une après-midi avec Michel Legrand et j’ai appris beaucoup. La musique est un don de Dieu. Léo Ferré dit : « Ils sont d’une autre race, mais ils ne le savent pas, ils viennent à vous, mais ne sont pas à vous, les artistes ». Un artiste ressent la colère du monde, la transforme, la transporte, la modèle. Cela va de César à Michel Legrand en passant par Julien Doré et Jennifer. Il n’y a pas plus démocratique que la musique.
O. Est-ce que vous retrouvez certains codes du monde du théâtre dans le monde de l’orchestre ?
S. J’ai toujours considéré que la parole et le mot sont de la musique. Quand on parle de voix, on parle de cordes vocales, d’une corde qui vibre et la manière dont on la fait vibrer va exprimer un accord, une intention, une joie, un pleur, exactement comme un instrument. Quand Nathalie Dessay ou d’autres chantent, ils expriment tous un sentiment. Quand un acteur au théâtre joue, le phénomène est identique : ce qui me fait aimer Pagnol, Molière et tant d’autres, c’est que les mots choisis sont chantés. C’est pourquoi je n’ai jamais dissocié la musique de la parole et du mot. Et je pense à une musique magnifique qui est celle d’Escales de Jacques Ibert. Cette musique me transporte littéralement et m’a rendu fou… Oui, la musique vous parle, éveille des émotions. On parle de musique classique, mais on peut aussi parler de Souchon, de Léo Ferré, des rappeurs. C’est également une forme de musique, saccadée certes, mais musique tout de même (il imite le rap) qui exprime un sentiment où les jeunes se retrouvent. C’est aussi respectable que d’écouter Schubert et d’autres. La musique offre un tel choix qu’on se balade dans nos désirs, nos envies : c’est fantastique !
O. Que faire pour attirer davantage de jeunes vers le concert symphonique ?
S. Le mot « symphonique » fait peur, même chose pour le classique ; il faudrait retirer cet adjectif des expressions théâtre ou musique classiques. Il n’y a pas plus moderne que d’écouter Mozart. Pour intéresser davantage, je pense à la formule du conte musical ; le fait de raconter, narrer une histoire en écoutant de la musique peut être une piste… En ce moment, j’écris un conte pour enfant Rayane et le Maestro et je vais tenter de rendre ce spectacle beaucoup plus actuel et moderne.
O. Quel serait le plus beau rêve musical de Smaïn ?
S. J’ai enregistré pour France 3 Le Carnaval des Animaux (3). Le premier jour, je pensais me retrouver en compagnie de quelques musiciens. Or, j’avais devant moi l’Orchestre philharmonique de Radio France. J’ai rencontré le maestro Myung-Whun Chung. C’était un beau cadeau de rencontrer un personnage de la musique. Mais mon vrai rêve est de chanter avec un Big Band.
Propos recueillis par Olivier Erouart
30 août 2010
(1) CD Intrada Orchestre de Pau et des Pays de Béarn dir. Faycal Karoui
(2) CD Lyrinx Orchestre de la Suisse Romande dir. Yannis Pouspourikas
(3) Diffusion prévue sur France 3 en décembre